INTROSPECT°
« Je sais ce que je dois faire, mais je n'arrive pas à m'y mettre. »
Cette phrase, je l'entends régulièrement en consultation. Beaucoup de personnes pensent qu'elles procrastinent parce qu'elles sont paresseuses, qu'elles manquent de volonté ou qu'elles ne sont pas assez disciplinées.
Pourtant, la réalité est souvent bien différente.
La procrastination n'est généralement pas un problème de paresse. C'est souvent une stratégie que notre cerveau met en place pour éviter un inconfort émotionnel, même si cette stratégie finit par nous compliquer la vie.
Avant de chercher à combattre la procrastination, il est donc intéressant de comprendre ce qui se cache derrière elle.
1. Éviter les émotions désagréables
La raison la plus fréquente que j'observe est l'évitement émotionnel.
Certaines tâches génèrent du stress, de l'anxiété, de l'incertitude ou de l'inconfort. Comme nous n'avons pas envie de ressentir ces émotions, nous repoussons la tâche.
Par exemple :
Appeler quelqu'un pour avoir une conversation délicate.
Répondre à un e-mail qui demande de se positionner clairement.
Faire sa comptabilité.
Prendre rendez-vous chez un médecin.
Commencer un projet dont l'issue est incertaine.
Ouvrir un courrier dont on redoute le contenu.
La tâche elle-même n'est parfois pas très compliquée. Ce sont surtout les émotions associées qui nous poussent à la remettre à plus tard.
À court terme, cela nous soulage. À long terme, cela entretient souvent le stress.
2. Le perfectionnisme
Certaines personnes procrastinent parce qu'elles ont des attentes extrêmement élevées envers elles-mêmes.
Elles veulent faire les choses parfaitement. Le problème, c'est que lorsque la barre est placée trop haut, commencer devient difficile.
On retrouve alors des pensées comme :
« Je dois être prêt avant de commencer. »
« Il faut que ce soit parfait. »
« Si je ne peux pas le faire très bien, autant ne pas le faire. »
Derrière le perfectionnisme se cache souvent une peur de l'erreur, du jugement ou de l'échec.
Le paradoxe est que vouloir trop bien faire conduit parfois à ne rien faire du tout.
3. Le manque de confiance en soi
Parfois, nous doutons de nos capacités.
Même lorsque nous possédons les compétences nécessaires, une petite voix intérieure nous souffle :
« Je ne vais pas y arriver. »
« Je ne suis pas assez compétent. »
« Les autres feraient mieux que moi. »
Pour éviter d'être confronté à ce doute, nous remettons la tâche à plus tard.
Malheureusement, plus nous procrastinons, plus notre confiance diminue. Et plus notre confiance diminue, plus nous procrastinons.
Un véritable cercle vicieux peut alors s'installer.
4. Le manque d'énergie
Il arrive aussi que la procrastination soit simplement le signe d'une fatigue accumulée.
Lorsque nous manquons de sommeil, que nous sommes stressés depuis longtemps ou que nous ne nous accordons jamais de temps de récupération, notre capacité à nous concentrer diminue fortement.
Dans ce cas, le problème n'est pas forcément la motivation. C'est parfois simplement un besoin de repos.
Avant de chercher à être plus productif, il peut être utile de se demander :
« Est-ce que j'ai réellement l'énergie nécessaire pour accomplir cette tâche ? »
5. Le manque de clarté
Notre cerveau aime les choses concrètes.
Plus une tâche est floue, plus elle paraît difficile.
Par exemple :
« Je dois gérer mes finances » est vague.
« Je prends 15 minutes pour vérifier mes dépenses du mois » est précis.
Lorsqu'une tâche semble immense ou imprécise, nous avons tendance à la repousser.
La première étape consiste souvent à clarifier exactement ce que nous devons faire.
6. La recherche de gratification immédiate
La procrastination est également liée à notre besoin naturel de récompense immédiate.
Faire défiler les réseaux sociaux, regarder une vidéo, ranger une pièce ou répondre à un message procure souvent un résultat instantané.
À l'inverse, certaines tâches importantes ne procurent aucune satisfaction immédiate. Les bénéfices arrivent plus tard.
Notre cerveau choisit alors facilement ce qui apporte du plaisir maintenant plutôt que ce qui sera bénéfique demain.
C'est pourquoi la procrastination peut parfois nous conduire vers certaines habitudes compulsives ou addictives : elles offrent une récompense rapide qui nous éloigne momentanément de l'inconfort.
7. Le manque de sens
Parfois, nous procrastinons parce que nous avons perdu le lien avec le sens de ce que nous faisons.
Nous savons que nous « devons » accomplir une tâche, mais nous ne savons plus vraiment pourquoi elle est importante pour nous.
Lorsqu'une action est uniquement portée par des obligations, des attentes extérieures ou des injonctions, il devient plus difficile de trouver l'énergie nécessaire pour passer à l'action.
Dans ces moments-là, il peut être utile de se poser une question simple :
« Pourquoi est-ce important pour moi ? »
Ou encore :
« En quoi cette action me rapproche-t-elle de la personne que je souhaite être ? »
Retrouver le sens derrière une tâche permet souvent de retrouver de l'élan.
Comment s'en sortir ?
1. Respecter son niveau d'énergie
Nous n'avons pas tous les mêmes moments de concentration au cours de la journée.
Certaines personnes sont plus efficaces le matin, d'autres en fin d'après-midi ou en soirée.
Identifier ses périodes de plus grande énergie permet de réserver ces moments aux tâches les plus exigeantes ou les plus inconfortables.
Personnellement, je sais que les tâches qui me demandent davantage d'énergie ou qui génèrent un certain inconfort sont beaucoup plus faciles à réaliser le matin. Une fois celles-ci accomplies, le reste de la journée devient souvent plus léger.
2. Prévoir des moments sans obligation
Paradoxalement, certaines personnes gagnent à programmer ( dans l'agenda) des moments où elles n'ont rien à accomplir.
Des moments pour se reposer, se détendre ou faire des activités qui procurent simplement du plaisir.
Des moments où la liste des choses à faire n'existe plus.
Lorsque toute la journée est remplie d'obligations, notre système nerveux finit souvent par se rebeller.
Accorder une place au repos et au plaisir n'est pas un luxe. C'est un besoin.
3. Faire de petits pas
L'une des erreurs les plus fréquentes consiste à vouloir gravir toute la montagne d'un seul coup.
Il est souvent plus efficace de se demander :
« Quelle est la plus petite étape que je peux réaliser aujourd'hui ? »
Parfois, cinq minutes suffisent pour enclencher le mouvement.
L'objectif n'est pas de tout terminer immédiatement, mais simplement d'avancer.
Certaines journées, cela peut aussi signifier choisir une ou deux tâches inconfortables et accepter que ce soit déjà suffisant.
4. Observer les conséquences
Lorsque nous remettons une tâche à plus tard, il peut être utile de nous poser une question simple :
« Quelle sera la conséquence si je ne fais pas cela aujourd'hui ? »
Parfois la conséquence est mineure et acceptable.
Parfois elle ne l'est pas.
Prendre quelques secondes pour évaluer le coût réel du report permet souvent de faire un choix libre et plus conscient.
Est-ce une conséquence que je suis prêt à assumer ?
Ou est-ce quelque chose qui mérite que je m'en occupe maintenant ?
5. Utiliser la règle des deux minutes
Dans son livre "Comment prendre de l'âge tout en ayant beaucoup d'énergie", l'auteure québécoise Lise Bourbeau propose une idée simple : si une tâche prend moins de deux minutes, faites-la immédiatement.
Répondre à un message, ranger un objet, payer une facture ou prendre un rendez-vous...
Ces petites actions accumulées encombrent souvent notre esprit beaucoup plus qu'elles ne prennent de temps.
Les réaliser immédiatement apporte un sentiment de légèreté et de satisfaction.
6.L'acceptation : une étape souvent oubliée
Lorsque nous procrastinons, nous avons souvent tendance à nous critiquer ou à essayer de nous contrôler davantage.
Nous nous promettons d'être plus disciplinés, plus rigoureux, plus performants.
Nous luttons contre nous-mêmes en espérant que cela nous permettra enfin d'arrêter de remettre les choses à plus tard.
Pourtant, cette stratégie a souvent l'effet inverse.
Plus nous nous jugeons, plus nous culpabilisons. Plus nous culpabilisons, plus nous avons besoin d'éviter cet inconfort. Et plus nous cherchons à éviter cet inconfort, plus nous risquons de procrastiner.
Un cercle vicieux s'installe alors.
La véritable transformation commence souvent par l'acceptation.
Accepter ne veut pas dire abandonner ou se résigner.
Accepter, c'est reconnaître ce qui est présent aujourd'hui.
C'est pouvoir se dire :
« Oui, aujourd'hui, j'ai remis certaines choses à plus tard. »
« Oui, il y a probablement quelque chose derrière ce comportement qui mérite d'être compris. »
« Et non, cela ne fait pas de moi une mauvaise personne. Cela fait simplement de moi un être humain. »
Beaucoup de personnes ont peur que l'acceptation aggrave la situation. Elles pensent que si elles arrêtent de se mettre la pression, elles vont procrastiner davantage.
Dans les faits, c'est souvent l'inverse qui se produit.
Lorsque nous cessons de lutter contre nous-mêmes, nous retrouvons davantage d'énergie pour comprendre ce qui se passe réellement.
Nous pouvons alors observer avec curiosité et découvrir le message qui se cache derrière la procrastination : une peur, un doute, une fatigue, un besoin de repos, un manque de sens ou une émotion difficile à accueillir.
PS : « L'être humain est souvent tellement dur avec lui-même, à travers les croyances, les exigences et les jugements qu'il s'impose, qu'il finit parfois par oublier ses propres besoins et ses véritables désirs. Pourtant, il reste toujours responsable de sa vie, de ses choix et de ses décisions. Chaque choix entraîne une conséquence, et c'est à travers l'expérience qu'il peut observer si ce qu'il met en place est réellement juste, utile et intelligent pour lui. »
Edith Noël
Orleans (France)
INTROSPECT°
Edith Noël, Introspection SRL BE1024.361.768, Belgique.
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