INTROSPECT°

S'adapté ou ne pas s'adapté?

S’adapter ou ne pas s’adapter ? (Ceci n’est pas une pièce de Shakespeare.)

Pendant des années, on m’a dit :
“Toi, t’es un vrai caméléon.”

Et c’était censé être un compliment.
Et je l’ai pris comme tel.
(Franchement, qui ne voudrait pas avoir ce super-pouvoir social de toujours bien s’entendre avec tout le monde ?)

Tu me mettais dans une soirée mondaine avec champagne et petits fours ? Je tenais la conversation.
Autour d’un feu avec des guitares, pieds nus dans l’herbe ? Pareil.
J’étais capable de me fondre dans n’importe quel décor, de m’entendre avec n’importe qui, de m’adapter à n’importe quelle ambiance.

Et je croyais que c’était ça, la richesse relationnelle.
(Indice : c’est un peu plus nuancé que ça.)

Parce qu’un jour, j’ai réalisé que si j’étais caméléon, ce n’était pas toujours par liberté.
C’était souvent par peur.
-Peur de déplaire.
- Peur d’être jugée.
- Peur de ne pas être aimée.

– Par peur que mes proches ne soient pas fiers de moi.

Je ne m’adaptais pas toujours pour créer du lien.
Je m’adaptais pour être sûre qu’on m’aime et pour surtout briller dans les yeux de tous. (« Mon père me disait : “Souris… Car si c’est la dernière fois que tu vois quelqu’un, c’est ce sourire qu’il retiendra de toi.” » mon père était un sacré caméléon )
Peu importe si, au passage, j’avais mis mes propres besoins et mes propres valeurs au placard.

Et puis un jour… changement de décor.

Je m’inscris dans un groupe de sport sympa.
Au début, ça va.
Puis viennent les soirées.
Et là, je sens un truc qui cloche :
– Le mépris de certaines personnes envers les serveurs.
- Les regards en coin.
- L’impression qu’il faut briller, paraître, performer socialement.

Et je sens une partie de moi qui dit :
“Allez, tu sais faire. Adapte-toi. Intègre-toi. Sois cool.”
Mais une autre partie de moi — celle qui a un peu grandi quand même — dit :
“Et si tu ne t’adaptais pas, pour une fois ?”

Parce qu’en fait, pouvoir s’adapter ne veut pas dire devoir s’adapter.
C’est ça la clé.

Quand on s’adapte sans conscience, on finit parfois par s’oublier.
Par se trahir.
Par rire à des blagues qu’on trouve nulles.
Par dire oui à des trucs qui nous grattent l’âme.

Aujourd’hui, à 43 ans, j’ai appris un truc très simple :
- Je n’ai pas à briller dans les yeux de tout le monde.
-Je n’ai pas à m’adapter à tous les groupes.
-Je peux dire “Non merci, c’est pas mon ambiance” — sans me justifier.

Parce que parfois, rester soi, c’est plus précieux qu’un énième “bravo pour ton aisance sociale”.

Tu veux t’adapter ? Super.
Mais fais-le en conscience. Pas en compensation.

Parce que t’es pas un caméléon.
T’es un être humain.

Et que l’enjeu, ce n’est pas de plaire à tout le monde.
C’est de pouvoir te regarder dans la glace le soir et te dire :
“Là, j’ai été moi.”

Et ça, crois-moi…
Ça vaut bien plus qu’un “t’es à l’aise partout”.

Edith Noël

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Edith Noël

Consultante et formatrice

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